De tous temps, le rôle et le travail du paysan ont consisté, pour produire de la nourriture, à entretenir et augmenter la fertilité de sa ferme en gérant au mieux les possibilités que lui offre le milieu dans lequel il se trouve.

Sachant que l’essentiel du milieu où il vit : sol, climat, altitude, relief, etc…ne peut pas être fondamentalement changé par lui. Plus philosophiquement, certain agronome a pu dire que «l’art du paysan consiste à économiser ce dont il dispose et à se passer de ce dont il manque…» Il s’agit donc de comprendre par l’observation et s’adapter, de travailler avec conscience et humilité.
C’est ce qu’explique le tableau ci dessous, issu du travail de Yves Hérody, agronome installé à Charency, dans le Jura..(LIEN). (Merci à lui d’avoir autorisé les Biaux Jardiniers à en faire usage aussi sur ce site !) Docteur en géologie, spécialisé dans l’agronomie et la pédologie. il fait du suivi de fermes, intervient souvent dans des formations pour les groupes de paysans. Peu médiatisé (guère de vidéos disponibles par exemple), il est aussi mandaté par l’ONU sur des projets internationaux.

Pour pousser correctement, les légumes ont besoin d’une alimentation en eau correcte, c’est à dire «ni trop ni trop peu»… En cas d’excès d’eau, le paysan-maraîcher doit donc s’adapter…par l’utilisation des outils appropriées.
De tous temps, les maraîchers ont eu tendance à s’installer sur des terres riches d’alluvions, des limons sableux amenés par les crues près de certains fleuves et rivières, ou sur des terres de marais asséchés, d’ou le nom de maraîcher donné dès les 18 ème aux paysans qui y cultivaient des légumes. Le bassin maraîcher du Louhannais sur lequel nous sommes installés ne fait pas exception : il y a de «bonnes terres à jardin » pas loin de la Seille, rivière qui déborde et sort de son lit régulièrement. Ce qui ralentit évidemment l’écoulement des eaux en amont. Notre jardin, bien que hors zone inondable, est donc facilement gorgé d’eau en fin d’hiver, ce qui empêche la mise en culture, donc retarde beaucoup la période de produdction. Au cours de l’histoire de l’agriculture, les excès d’eau ont traditionnellement été corrigés par le modelage du sol :
- soit visant à surélever la partie de terre sur laquelle les graines seront déposées au semis : labour en billons traditionnels et modelage des parcelles par des labours en ados toujours dans le même sens de la Bresse bourguignonne. La création d’ados (ou buttes) est aussi le corollaire de l’arrosage à la raie notamment dans le Midi,
- soit visant à creuser pour évacuer l’eau : fossés en amont de la parcelle cultivée, ou régulièrement répartis sur la parcelle (cf usage de la rigoleuse, qui n’est pas comme on pourrait le croire une machine qui s’amuse beaucoup mais un outil qui crée des rigoles ).
Les maraîchers des siècles passés ont complété ces techniques par le drainage par poterie qui a été utilisé notamment dans la plupart des parcelles maraîchères des ex ceintures vertes des grandes villes (parcelles maintenant enfouies sous béton et bitume pour les constructions verticales ou horizontales). Il s’agissait d’enterrer bout à bout de petits tubes de terre cuite en fond de tranchée et d’en évacuer l’eau recueillie ainsi par un fossé d’écoulement.

Plusieurs parcelles de maraîchers de notre commune ont bénéficié de cette technique qui a cependant plusieurs inconvénients : l’impossibilité de creuser profond pour limiter la largeur de terre bouleversée par ce travail entraine la nécessité de faire des tranchées rapprochées donc nécessitant beaucoup de drains tout en n’apportant qu’un résultat moyen dû à la faible profondeur des drains; et bien sûr travail manuel très exigeant ! Une machine pour faire ce travail était fabriquée en Grande Bretagne encore dans les années 60/70.
Tout notre jardin est donc lui aussi drainé.
La technique du drainage des terres agricoles est fréquemment constestée dans les milieux écologistes (les paysans bio en sont une variété : quotidiennement engagée, et terre à terre !) ce qui se comprend parfaitement quand on voit les conséquences de certaines réalisations. Mais il nous semble qu’il vaut mieux aller un peu plus loin dans la réflexion pour comprendre l’ensemble du problème.
Qu’est ce que l’on peut reprocher au drainage en général ? Principalement deux choses :
1 - au point de vue très local :
permettre la transformation de prairies inondables en terres de culture (souvent monoculture de maïs) ce qui y génère érosion et pollutions chimiques. Et participe à la création d’embâcles en cas de crue.
2 - au point de vue plus global
accélérer le cycle de l’eau en envoyant direct au fossé des eaux qui sinon auraient eu le temps de s’infiltrer, ce qui participe à l’assèchement de la nappe phréatique, et ce tout en aggravant les phénomènes de crues en aval.
Dans ces conditions, comment nous, paysans bio, pouvons donc drainer nos parcelles de jardin ?
1 - parce que nos parcelles de jardin ne sont évidemment pas d’anciennes prairies permanentes inondables, drainées pour pouvoir les labourer. Ce sont d’anciennes terres de polyculture élevage hors de zone inondable, dont le sol limono-sableux a une vocation maraichère (raison pourquoi un circuit collectif d’arrosage les dessert depuis 1/2 siècle).
drainage du jardin en 1995

Pour que les légumes poussent bien, il faut des sols qui se ressuient et se réchauffent rapidement au printemps pour que les plantes trouvent les conditions propices à leur installation. C’est ce qui explique cette loi naturelle qu’il est difficile de faire pousser correctement de beaux légumes «n’importe où». L’excès d’eau empêche dans un premier temps le biau jardinier de préparer la terre pour jardiner. Puis quand (si) les légumes ont été semés ou repiqués, l’excès d’eau empêche les racines de s’implanter correctement, de descendre en profondeur, ce qui provoque des problèmes d’alimentation et de maladies. L’excès d’eau dans les terres au printemps les maintient plus longtemps froides (la plante “peine”) et trop humides (la racine, manquant d’air dans un sol asphixié car gorgé d’eau, ne peut pas descendre selon sa physiologie). Et plus tard en saison, la culture s’alimente donc mal car son système racinaire est déficient.
Le drainage permet donc aux racines de descendre correctement en profondeur.
C’est ce qui explique ce paradoxe apparent : dans un sol drainé, les plantes ont besoin de moins d’eau l’été et résistent beaucoup mieux à la sécheresse car leur système racinaire a pu descendre librement en profondeur.
2 - parce que sur notre ferme jardinière, les eaux de drainage ne sont pas envoyées aux fossés.
nous les stockons dans un grand bassin creusé dans une parcelle en dessous du jardin, trop humide pour la culture, et en partie inondable.
le bassin de rétention à l’été 1996.
Ce bassin a été créé lors de notre premier drainage à Sornay, quand nous avons préparé la mise en culture de la première parcelle de jardin, en 1995. Le bassin a été dimensionné de telle façon qu’il ne soit jamais à sec l’été, mais que en période humide, le trop plein se répartisse sur l’ensemble de la parcelle sans jamais être raccordé au réseau des fossés. Donc sans jamais aller directement et rapidement à la rivière : toute l’eau a le temps de s’infiltrer lentement vers la nappe.
À cause des conditions très humides autour de ce bassin, des aulnes glutineux (arbres très riches en faune auxiliaire prédatrice principalement de pucerons et araignées, donc bien utile aux cultures) se sont spontanément implantés tout autour du bassin.
le bassin de rétention en 2009 : l’eau manque de lumière, nous coupons donc une première fois les aulnes au Sud et à l’Est du bassin de rétention pour en favoriser l’éclairage.
Cette zone humide attire une grande diversité de plantes, insectes, batraciens, oiseaux, qui participent à l’équilibre biologique de notre ferme. Y pratiquer des fauches tardives et sélectives de l’herbe permet d’entretenir la diversité de ce milieu. Cette prairie inondable n’a pas vocation à se transformer en forêt ! Ce qui n’empêche pas d’y faire un peu de bois pour la maintenir en état de prairie: lien
Même si des désastres comme celui ci dessous ne se sont heureusement pas produits tous les ans, on peut sans hésiter affirmer que le drainage de nos parcelles était nécessaire :

Le drainage consiste à poser à bonne profondeur ( déterminée par la topographie des lieux ) et selon une pente régulière, des drains percés dont le but est de collecter l’eau en excédent, de l’amener dans des collecteurs qui débouchent dans un émissaire : au Biau Jardin de Grannod, c’est le grand bassin de rétention qui peut éventuellement déborder dans une prairie inondable mais n’est pas raccordé au fossé.
Nos chantiers de drainage ont été confiés à la CUMA ( Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole ) ASTER qui avait précédemment drainé les jardins de notre première ferme au début des années 80. Les actuels 4.5 hectares de notre jardin sont maintenant drainés. Le chantier a été fait par la CUMA ASTER en deux temps : le premier en 1995 juste avant notre réinstallation à Sornay, le deuxième en 2009, quelques années avant la mise en culture d’une nouvelle parcelle de jardin. Une parcelle supplémentaire a été partiellement drainée en 2018 : la partie plate du pré-verger, dans le but de répondre à la demande des abonnés à nos paniers qui souhaitent avoir plus d’aromates et quelques légumes vivaces.

Dans un premier temps, le technicien de la Cuma est passé pour faire les relevés avec ses différents outils de géomètre pour faire le plan du drainage. On a tout arpenté avec laser, mire, etc… Il s’agit de déterminer le nombre et la place des collecteurs en fonction de la surface dont chacun devra évacuer l’eau excédentaire. De déterminer le nombre, l’espacement, la place, des petits drains. De profiter aussi du chantier pour prévoir le captage des sources, mouillères et autres fontaignies très nombreuses en Bresse. Ainsi que le captage des eaux que l’aval peut envoyer sur la parcelle à drainer par le modelé du terrain, les basses, les petites rigoles, etc…
Le chantier débute par l’amenée du matériel et le piquetage :
On reporte sur le terrain au moyen de petits piquets en bambou la place des différents éléments à enterrer. Ces bambous serviront de repère au sous soleur et à la pelle.
Le sous soleur est un engin à chenille ( moindre tassement du sol, meilleure adhérence sur sol sec ) qui met en place les drains directement à la profondeur voulue grace à une dent qui coupe le sol, sans le retourner .
Contrairement aux trancheuses, qui ouvrent une tranchée en en sortant la terre et qu’il faut ensuite remettre en place une fois le drain mis en fond de fouille. Ce qui bouleverse beaucoup plus les divers horizons du sol.
La profondeur et le pourcentage de pente déterminés au plan sont programmés sur un système laser qui asservit les réglages de la dent du sous soleur.
Une fois donc le collecteur posé dans le sens de la pente, des trous sont effectués à la pelleteuse à chenille à intervalle régulier correspondant au point de raccord pévu pour chaque drain qui traverse la parcelle en coupant le sens de la pente.
Le sous soleur positionne sa dent au dessus du collecteur. Le drain, passé dans le guide inclus dans l’épaisseur de la dent, est maintenu en place au départ du sous soleur.

Pendant que celui ci avance et pose le drain sur toute la largeur de la parcelle,
on raccorde le drain au collecteur. Malgré le format des engins cela reste bien du travail de précision : on utilise le niveau.
Et ainsi de suite, laissant derrière lui un sol fendu, un peu remonté, mais sans bouleversement des horizons.
Une fois le chantier terminé, ça laisse une parcelle parfaitement fignolée par les gros engins de la CUMA, mais qui ne peut être travaillée par le matériel du petit maraîcher diversifié :
Pour lire l’article sur le drainage 2018, avec bien sûr photos, mais aussi VIDÉO (mâtin, quel site…) il faut suivre ce LIEN
Et une fois que la parcelle est drainée, que tous ces gros engins ont quitté les lieux, il faut reprendre le sol pour le mettre en culture. À notre avis, mieux vaut ne pas mettre la parcelle drainée en légume immédiatement après drainage : nous préférons cultiver un engrais vert avant de monter nos planches permanentes.

Pour nous, l’objectif est double :
- mettre en valeur l’ensemble du travail de fissuration effectué par le passage de la dent du sous soleur. Nous semons donc un engrais vert pluri-annuel, mélange de légumineuses et graminées choisies pour leur enracinement potentiellement très profond (si on leur en laisse le temps) : luzerne, fétuque…
- laisser le temps à la parcelle de «se remettre de ses émotions». Nous introduisons donc dans le mélange d’engrais vert plusieurs trèfles, plusieurs graminées, et une bonne vingtaine d’espèces annuelles ou pluriannuelles à floraison échelonnée pour favoriser les insectes auxiliaires.
Pour lire l’article sur la reprise de sol après drainage, cliquer sur la photo :
Le bassin maraîcher du Louhannais s’est développé notamment parce que de l’eau d’arrosage y était disponible en saison grâce à la Seille, rivière qui descend du Jura voisin, bien arrosé de pluie ou de neige. Au point qu’un
a été construit sur les communes de Sornay et Bantanges dans les années 60, communément appelé «l’eau des maraîchers». Il est géré par les professionnels dans le cadre d’une ASA (Association Syndicale Agréée). Ce système collectif de distribution d’eau a comme autre avantage sur les pompages individuels d’éviter la multiplication des pompes (souvent actionnées par un moteur diesel puisque toutes les parcelles maraîchères ne sont pas raccordées au réseau électrique). Il faut avoir passé une soirée dans une commune maraîchère avec les pompes diesel qui «pout pout pout pôut» pour ressentir quel avantage supplémentaire le circuit collectif apporte !
Nous disposons donc d’un branchement professionnel. Le coût de l’abonnement augmente évidemment proportionnellement à la diminution du nombre de maraîchers encore en activité, puisque les frais de fonctionnement et réparation se répartissent entre les utilisateurs. L’eau pompée est distribuée sans traitement ni filtration : les Biaux Jardiniers ont installé des filtres à sable en tête de leur jardin.
Notre matériel d’arrosage se compose actuellement d’un système d’aspersion et d’un système d’irrigation localisée par goutte à goutte.
Le système d’aspersion de plein champ est constitué de tubes rigides facilement déplaçables, raccordés à la vanne d’alimentation par un tuyau souple.
Ils sont équipés de micro-asperseurs à faible débit d’une portée de 12 mètres.
Le choix de leur faible débit a été calculé à partir de l’analyse granulométrique de sol que nous avons fait faire lors de notre ré-installation à Sornay. Ce faible débit horaire permet d’éviter lessivages et érosion dans nos sols fragiles.
Sous tunnel le système d’aspersion est lui aussi composé d’asperseurs rotatifs à faible débit Ils sont montés sur pendillard pour garantir une meilleure répartition de l’eau. Ce système est programmable, ce qui apporte une garantie d’économie dans l’usage de l’eau, et beaucoup de confort de travail aux Biaux Jardiniers.
L’arrosage localisé par goutte à goute est utilisé sous tunnel ou en plein champ pour certaines cultures d’été, à l’aide d’une programmation. C’est une technique qui consiste à apporter l’eau au pied des plantes, en créant une bande humide suffisamment large le long du rang de légume; et à l’entretenir par des apports réguliers de petites quantités d’eau, de manière très fractionnée, plusieurs fois chaque 24 heures. L’automatisation est donc indispensable.

Ces différents systèmes ont en commun que dans nos conditions de sols fragiles, ils permettent d’économiser la ressource en eau et d’éviter l’érosion qu’amènerait un apport d’eau trop rapide.
Au dela de la simple composition technique du système ( type d’arroseur, etc… ) , ce qui nous semble fondamental dans la conduite de l’arrosage, c’est de recueillir facilement les éléments permettant de décider si oui ou non la plante a besoin d’un apport d’eau.
Gratouiller en vitesse avec le doigt en surface, bien que couramment pratiqué, n’apporte pas de renseignement sur l’éventuel besoin d’eau au niveau des racines de la plante. Mieux vaut «aller y voir» ! Mais faire des trous à la bêche entre les légumes est beaucoup trop destructeur en général C’est pourquoi nous utilisons un petit outil très pratique et très économique : la gouge.
La gouge permet de remonter une petite “carotte” de terre pour juger l’état d’humidité du profil sur une trentaine de centimètres. Si on fait plusieurs sondages dans les planches que l’on se propose de contrôler, on a vite une idée assez précise de l’état du sol et donc de l’éventuel besoin d’eau pour la plante.
Nos gouges ont une longueur suffisante pour s’en servir sans se pencher, ce qui est bien meilleur pour le dos…
La quantité d’eau à apporter à chaque arrosage doit être comme le reste : “ni trop ni trop peu”. Les suivis météo donnent des indications très utiles.
Il n’y a que des inconvénients à apporter pas assez d’eau donc n’arroser que en surface et jamais où le végétal en a besoin : notamment inutilité pour le problème du végétal, pertes par évaporation augmentées, remontée des racines en surface donc ensuite moindre résistance des plantes à la sécheresse, gaspillage de ressource.
Il n’y a que des inconvenients à apporter trop d’eau, notamment asphixie racinaire, lessivage de l’eau et des éléments solubles du sol, donc gaspillage de ressource.
Nous avons déterminé la quantité à apporter à chaque arrosage grâce au calcul fait à partir de l’analyse granulométrique de notre terre. Et l’intérêt de la gouge est aussi qu’elle peut permettre de contrôler si lors de l’arrosage il s’est bien passé ce que l’on souhaitait !
Nous utilisons deux autres outils pour contrôler les conditions de fonctionnement des asperseurs bas débit :
le manomètre pour vérifier que les arroseurs disposent de la seule pression dont ils ont besoin selon les préconisations du fabricant ;
des pluviomètres qui permettent de vérifier quelle est la quantité d’eau réellement distribuée sur un carré de légumes. Et aussi bien sûr de savoir quelle quantité d’arrosage est tombée du ciel
Vouaille don, hé bé, quelle débauche de technologie… !!!
À la base de l’agriculture biologique , la pratique des engrais verts consiste à introduire, dans la succession des cultures valorisées par la vente, des cultures valorisées par le sol lui-même : elles sont broyées sur place et digérées par le sol.

On peut voir les engrais verts comme l’amélioration, la modernisation et la systématisation de la fameuse «rotation triennale» qui a permis aux paysans des siècles derniers de nous transmettre des terres encore fertiles après s’en être nourris pendant de nombreuses générations. Sagesse agronomique ignorée par les maraîchers péri-urbain du siècle dernier qui, avec leurs successions hyper-intensives et exclusivement en légume ont laissé des sols épuisés, bourrés de nématodes, inaptes à toute culture, autre que celle du béton et de quelques «espaces verts».
Semer des engrais verts annuels (donc pas uniquement en dérobé) et surtout des engrais verts pluri-annuels permet d’allonger le temps de retour d’une même famille de légume à une même place, ce qui est déterminant dans la prévention des maladies et ravageurs.
Tous les engrais verts «prennent de la place»… dirait Monsieur de La Palice, puisque effectivement, tout carré en engrais vert ne produira pas de légume au même moment. Mais il est bien facile de les inclure dans la rotation légumière : cela implique simplement de s’organiser rigoureusement pour avoir de la place disponible pour eux au jardin (jardin non-intrensif donc).
Tous les engrais verts ont l’avantage d’augmenter l’autonomie de la ferme qui produit elle-même ainsi une partie de la fertilisation - notamment azotée, mais pas que - dont elle a besoin au lieu d’y importer des intrants achetés, souvent d’ailleurs à l’industrie. Les engrais verts favorisent l’activité microbienne et toute la vie du sol. Les cultiver évite d’être tenté d’acheter les produits miraculeux qui font la fortune de leur fabricant. L’engrais vert est une technique simple, économique, maitrisable par le paysan. Son développement apporte de nombraux bienfaits au sol sans autre travail du paysan que leur implantation : l’engrais vert pousse même quand le paysan fait la sieste !
L’engrais vert est une culture à part entière : tous les engrais verts demandent de la semence (qu’il faut acheter ou produire), du matériel pour le cultiver (qu’il faut financer et entretenir), du temps de travail (qu’il faut fournir), pour espérer obtenir une belle «récolte», qui apportera un beau réultat. Mais une fois en place et correctement entretenu, l’engrais vert fertilise et ameublit le sol, étouffe les plantes adventices parasites des légumes, favorise et biodiversifie la faune, etc… gracieusement et sans relache, jour et nuit !
Différentes familles de végétaux sont utilisées comme engrais vert, chacune avec ses avantages (et ses inconvénients !).
fixent l’azote atmosphérique dans les nodosités de leurs racines. Leur culture est donc un apport d’engrais «gratuit» pour la culture suivante. Mais la plupart ont tendance à se coucher et donc mal se développer : elles auraient besoin d’un tuteur ! que la graminée peut fournir…
(beaucoup de vesce mélangée à peu de seigle)
produisent beaucoup de racines, leur culture est donc un travail d’ameublissement du sol gratuit pour la culture suivante : elles «montent au soleil» et sont donc un bon tuteur. Mais leur destruction mécanique et surtout leur incorporation peut s’avérer délicate.
(beaucoup de seigle mélangé à peu de vesce)Les graminées exotiques (donc résistant bien à la chaleur et à la sécheresse, principalement moha et sorgho) peuvent être utilisées quand on cherche une production rapide d’une grande masse végétale : sous tunnel ou en plein champ en plein été. Selon le but recherché, on peut broyer la culture jeune
ou déja un peu lignifiée.
Fabacées et poacées sont annuelles ou pluriannuelles selon les espèces.
poussent très vite, «remontent» du soufre, ont une racine pivotante capable de passer certaines «semelles de travail» provoquées par l’usage systématique des outils rotatifs. Raisons pourquoi elles sont souvent cultivées chez les maraîcher ayant choisi de pratiquer une rotation intensive sur petite surface. Mais elles sont de la même famille que les divers choux, les navets, les radis qui occupent déja beaucoup beaucoup de place dans la rotation. Nous ne les utilisons donc pas en engrais vert pour éviter les risques sanitaires (hernie, entretien des populations d’altise, etc…).
Par contre, nous utilisons fréquemment deux engrais verts à pousse rapide qui ont l’avantage de ne compter aucun légume dans leur famille :
(de la famille des hydrophyllacées) dont les belles fleurs mauves attirent bien les insectes butineurs. Mais sa graine est petite et délicate à semer à la faible densité qui lui convient pour prospérer ; elle peut geler selon son stade de développement.

ou blé noir (de la famille de polygonacées) a un effet désherbant. Mais comme sa maturation est échelonnée, il peut facilement se ressemer et ainsi se révéler salissant. Le sarrasin est très gélif, ce qui est un avantage si on cherche à couvrir le sol en automne avant une culture précoce de printemps.
Bien évidemment, le paysan gagne le plus souvent à mélanger différentes espèces d’engrais vert, pour associer les diverses caractéristiques, cumuler les avantages, augmenter la durée d’action de l’engrais vert, et aussi répartir les risques éventuels.
Quelques cas au Biau Jardin de Grannod :
Mélange poacées fabacées (ici seigle multicaule et trèfle incarnat) : il concilie fissuration / ameublissement profonds pendant l’hiver et fixation gratuite d’azote atmosphérique au printemps :
Le trèfle incarnat est une culture traditionnelle de la Bresse ; il fournissait aux bêtes le premier fourrage riche du printemps. C’est un plaisir de le voir fleurir au jardin :
Le mélange phacélie avoine seigle combine attrait pour les pollinisateurs en été automne avec résistance au gel et fissuration racinaire en hiver printemps. Et baisse du coût en semences puisque la proportion de céréale augmente.
Le mélange sarrasin trèfle d’Alexandrie valorise la complémentarité de ces deux plantes en allongeant la durée d’action de l’engrais vert : le sarrasin couvre vite le sol à l’automne (il «désherbe» bien la parcelle) et sert d’abri humide à l’installation du trèfle qui se développe en hiver puis «explose» au printemps quand le sarrasin, lui, détruit par le moindre gel, ne laisse que ses tiges beiges et mortes sur le sol. En cas d’hiver rigoureux, tout est détruit et les planches peuvent être travaillées dès la sortie de l’hiver.
Pendant la saison, nous utilisons aussi du mélange sarrasin / phacélie pour sa floraison.
Etc…
Au fur et à mesure des années, la pratique des Biaux Jardiniers s’oriente vers de plus en plus de biodiversité dans la composition des mélanges d’engrais verts, qu’ils soient annuels, bisannuels, ou pluri-annuels. Pourquoi ? L’humanité sait depuis bien bien longtemps, puisqu’on le lit dans l’Ancien Testament (ce qui ne date donc pas d’hier…) que :
«l’ennuit naquit un jour de l’uniformité»
Ce qui confirmerait à priori que l’idée globale et absurde du choix de la monoculture, mis en place il n’y a qu’un demi-siècle par l’agrochimie productiviste, ne pouvait mener qu’à l’impasse (aussi grassement subventionnnée que gravement polluante) que nous constatons aujourd’hui.
Existent «dans la vraie vie» de très nombreuses plantes qui par leur odeur, leur pollen, leur forme, leur mode de végétation, etc.. se distinguent des engrais verts «classiques» listés précédemment, et donc peuvent héberger des insectes qui ne seraient pas attirés autrement car le milieu ne leur conviendrait pas, ou leur conviendrait moins… Ces caractéristiques avantageuses venant s’ajouter aux nombreuses actions, par nature différentes, des divers systèmes racinaires ou végétatifs des principales espèces de la flore prairiale, souvent complémentaires !
Il nous semble qu’il y a deux grands types de mélanges possibles :
soit principalement composés dans un objectif maximum de biodiversification, et plus ou moins complétés par un peu de poacées et fabacées,
soit principalement composés dans un objectif pluriannuel et racinaire, et plus ou moins complétés par diverses espèces «diversifiantes».
Bien que tous les engrais verts aident à la multiplication des insectes auxiliaires,
(coccinelle dans un mélange vesce d’hiver / seigle multicaule)
nous utilisons aussi des mélanges de très nombreuses espèces dans le but de diversifier la faune auxiliaire en diversifiant la flore.
Ces plantes mélangées sont semées :
- soit le mélange diversifié «seul» plutôt pour l’été, avec un but prioritaire de diversification de l’entomofaune
- soit comme «condiment» ou «épice» d’un mélange plus classique, y compris pluri-annuel
- évidemment rien n’empêche aussi d’ajouter à un mélange diversifié une petite proportion d’une céréale (résistante au gel) de façon à ne pas laisser nue en hiver une parcelle qui a bénéficié pendant l’été d’un mélange de diversification gélif. Un cas sur la photo ci dessous : en mars, après l’hiver qui a détruit le mélange floral dont ne restent que les tiges gelées, les céréales «démarrent» après avoir protégé le sol tout l’hiver contre les lessivages et l’érosion :
Les seules limites sont
- l’imagination du biau jardinier et ses compétences (notamment la connaissance plus précise de : quel est le ravageur - inféodé à quelle plante - qui attirera donc son prédateur au jardin ?),
- la disponibilité de la graine… et (last but not least) la qualité du semoir… ! qui impose lui ausi ses limites en terme de diversité de calibre de graines.
Reste ensuite à mettre en oeuvre…ce qui n’est pas toujours le plus facile. Et le résultat n’est évidemment pas garanti !
Par exemple, après avoir semé du coquelicot dans des bandes fleuries, le biau jardinier avait pu en récolter la graine (minusucule : 6 000 graines au gramme) la nettoyer (sommairement) et la semer en mélange avec un engrais vert. Les résultats ont été… «encourageants» dit l’optimiste, «plutôt raté», dit le pessimiste… car la régularité n’est pas au rendez vous !
Nos premiers essais d’engrais vert multi espèces datent du changement de millénaire : nous en avions essayé sous l’amicale pression «militante» de Roger, notre technicien maraîchage, qui tentait de mettre en place leur diffusion en France. Cela concernait à l’époque 2 mélanges (de respectivement une trentaine et une cinquantaine de plantes différentes) mis au point en Italie sur une très grosse ferme légumière biologique dont il avait organisé la visite. Le distributeur français avait adapté sa composition au climat Rhône-Alpin ; puis, peu d’années après, abandonné ce créneau commercial parce que non rémunérateur. Comme quoi, c’est grand tort d’avoir raison en avance.
Au Biau Jardin de Grannod, la moitié des planches permanentes du jardin est couverte par un mélange complexe en place pour 3 années successives. La base en est un mélange type prairie temporaire à flore variée (8 / 10 plantes différentes), qui est complété par autant d’autres plantes - pluriannuelles, mais aussi quelques annuelles - qui nous paraissent particulièrement adaptées chez nous.
Et puisque la bonne cuisine demande quelques épices, mais en très faible quantité pour ne pas masquer le goût du plat principal, le mélange est «condimenté» en fonction des disponibilités de nos fournisseurs ou de ce que nous avons pu récolter des espèces dont nous cultivons la graine, par une vingtaine d’autres végétaux, chacun en toute petite quantité.
Les engrais verts pluriannuels, si le mélange est assez diversifié, offrent en plus l’avantage de changer d’équilibre entre les diverses espèces, non seulement en fonction du sol ou de l’exposition de la parcelle, etc… mais aussi au fur et à mesure de la saison, voire dans son évolution d’une année sur l’autre, en fonction de la hauteur de fauche, du nombre de broyages, etc…

Cela amène donc d’autant plus de biodiversité, puisqui tous les carrés en engrais vert du jardin n’ont pas été semés la même année, voire la même saison et avec exactement le même mélange !
Les Biaux Jardiniers expérimentent un peu chaque année pour s’approcher d’un mélange adapté au mieux à leurs conditions ; et peu à peu, de beaux résultats apparaissent. Notamment un mélange plurianuel d’une grosse vingtaine de plantes différentes dont moitié de fabacées et poacés.
L’enjeu restant de conserver encore assez de biodiversité au bout des trois années… Mais fort heureusement, la recette miracle, celle qui répond à tous les objectifs, fonctionne tous les ans, et pourrait servir de matière à un best seller en librairie ou sur le net, ils ne l’ont pas encore découverte. Peut-être simplement par ce que çà n’est pas exactement elle qu’ils cherchent…parce qu’ils pensent qu’elle n’existe fort heureusement pas…
C’est un des bonheurs du métier de paysan-maraîcher : essayer, observer, tirer les conclusions des leçons qu’on a comprises, avoir conscience qu’on n’a pas tout saisi… et pratiquer (pour produire des légumes, pas du buzz - ni vendre de la comm›). Bref : être paysan…donc ni expert conseil, ni coach !
L’agrobiologiste, la matière organique et l’humus.
«La gestion de la matière organique peut bien souvent se résumer à la caricature suivante : il faut mettre de la matière organique, si possible du compost, pour augmenter l’humus, ce qui entraînera automatiquement un accroissement de l’activité biologique des sols et une prospérité garantie des cultures ! Malheureusement, les agrobiologistes qui ont voulu mettre en pratique ce postulat n’ont pas tous obtenu les miraculeux résultats escomptés. C’est que les écosystèmes sol-climat présentent une assez grande diversité et que, si des lois générales peuvent décrire l’évolution de la matière organique dans les sols, les phénomènes à l’œuvre ont des poids relatifs fort variables. Avec le moins d’a priori possible, il faut commencer par évaluer l’importance des phénomènes en cours et leur répercussion sur la culture en place».
C’est ce qu’écrit Dominique Massenot, agronome de la Loire. On peut lire la suite de ce texte ici.
«Le fumier assaini est le meilleur moyen de valoriser les matières organiques agricoles ou fermières. Il correspond à la majorité des situations agricoles. Son obtention demande de suivre certaines règles en matière de stockage, compostage et épandage.» On peut lire la suite de cette fiche de Dominique Massenot ICI.
Les Biaux Jardiniers ont bien de la chance : ils ont des collègues paysans installés pas très loin de chez eux, des éleveurs allaitant (ce qui veut dire qu’avec surtout de l’herbe verte de ses prés, du foin de ses prés et un petit peu de céréale, ils fabriquent de la viande). Et comme ils ne cultivent que peu de céréales, puisque leurs fermes ont principalement une vocation herbagère, il y a assez régulièrement trop de fumier pour les besoins agronomiques de leurs fermes.
Et donc, comme ils sont pas trop loin de chez nous, nous achetons eur surplus de fumier. Comment ? Avec l’argent que nous avons obtenu en échange du foin de nos prés. Sur lesquels nous n’élevons pas de bovins. Ce qui est parfaitement normal puisque nous sommes maraîchers et pas éleveurs. Nous ne pouvons pas tout faire ! Et nous ne sommes pas les seuls : notons que nos collègues éleveurs de bovins, ne produisent pas de légumes … Ce qui est parfaitement normal, puisqu’ils sont éleveurs et pas maraîchers ! Et eux aussi, ils ne peuvent pas tout faire !
C’est ainsi que la boucle agronomique est bouclée : notre ferme maraîchère sans bovin, grace à ses prés, procure du fumier de bovin aux parcelles maraîchères.
Le système agronomique «classique» ancien, tendance autonomie, fonctionnait en boucle. À noter cependant que de tous temps, les maraîchers ont mis en valeur des fermes sans bétail (mis à part parfois quelques volailles mais seulement pour une large consommation personnelle, donc incapable de fournir assez de fumier - surtout du fumier de bovin (…) - pour assurer la fertilité des sols destinés à la production des légumes). Notre système agricole spécialisé, plus contemporain, fonctionne en boucle un peu plus large grâce à la participation économique d’autres paysans.
Quand vient en début de printemps la saison de curer les écuries, c’est à peu de choses près à la même période chez tous les éleveurs. Et c’est donc la saison où la CUMA compost 71 prévoit plusieurs tournées du retourneur.
Il nous est donc assez facile de programmer précisément les dates du chantier : notre objectif est une livraison de fumier quelques jours avant le passage programmé du retourneur, et un épandage une dizaine de jours après le passage du retourneur.
Et grâce à la participation mécanique de Francis, l’ami ancien viticulteur et voisin de notre précédente ferme, maintenant entrepreneur de travaux publics, le fumier sorti des écuries avec l’engin de manutention de sa Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole) locale, chargé directement dans les bennes de Francis, passe rapidement du Val de Saône au Val de Seille.
Ça se passe toujours très bien, sauf… LIEN ! Mais c’est exceptionnel !
Les bennes sont vidées à la que leu leu, et en fonction de la largeur de travail du retourneur de la Cuma.
Du point de vue du petit maraîcher, le retourneur d’andains est un gigantesque outil d’une largeur de travail de 5 m 30, entrainé par un non moins gigantesque tracteur. Une fois déplacé en position de travail, sur le coté du tracteur, il enjambe le tas de fumier. Le rouleau travaillant, muni de pales, fragmente le fumier. Le mouvement rotatif projette la masse travaillée progressivement quelques mètres en arrière, et donc le déchiquette, le mélange et l’aère. Des déflecteurs forment le tas. L’avancement se fait grâce au tracteur de la Cuma par les deux roues crantées motrices du retourneur.
Ce matériel n’est bien évidemment pas à la portée du petit maraîcher bio isolé, ni même du gros éleveur pas bio tout seul lui aussi d’ailleurs. C’est pourquoi, en 2002, sur l’initiative de la chambre d’agriculture, nous nous sommes regroupés à une trentaine d’agriculteurs pour acheter ce retourneur en commun. Nous sommes actuellement plus de 300 dans cette CUMA. Comme quoi, souvent, à plusieurs, on y arrive mieux que seuls.
Pour plus de renseignements sur le fonctionnement de la cuma compost 71, pour lire le point de vue de la chambre d’agriculture de Saône et Loire sur le compostage en tas, visiter le site : www.cuma-compost71.fr
L’opération ne prend que quelques minutes pour brasser et aérer une soixantaine de tonnes de fumier, avec un passage aller et un passage retour.
Le jour dit, le retourneur arrive derrière le tracteur. Dans la parcelle, le chauffeur le «déplie» sur le coté, dans sa position de travail.

Et c’est parti.
En jouant sur la vitesse d’avancement du tracteur, le chauffeur de la Cuma permet au retourneur de corriger les inégalités du tas dues à la livraison. Ça n’est pas une préoccupation esthétique ! Un tas sans creux ni bosses sera beaucoup plus facile à protéger de la pluie et la masse aura fermenté de façon plus homogène.
Expérience faite, nous demandons systématiquement un deuxième passage de retourneur à la suite. Cela permet de mieux affiner le fumier, de mieux l’aérer. Le chauffeur fait donc demi tour avec tout l’attelage…

et c’est reparti pour un deuxième brassage aération du tas, dans l’autre sens.
Le deuxième passage permet d’obtenir un meilleur afinement, et un démarrage très rapide de la fermentation du fumier. L’élévation de température garantit la destruction des graines d’adventices présentes dans le fumier, et que les biaux jardiniers ne souhaitent pas du tout introduire dans leur jardin !
La bonne qualité de fermentation garantie par la double aération et le double affinement nous permet de ne pas redemander le passage de retourneur qui est proposé d’office par la Cuma 3 semaines après le premier.
Reste ensuite à remettre l’outil en position route (derrière le tracteur, dans l’axe et sur ses roues de transport)

Dernière étape : le Biau Jardinier signe le bon de travail pour que la Cuma puisse facturer. L’organisation Cuma permet, une fois l’investissement dans les parts sociales réglé, de bénéficier de cette technique pour une faible somme annuelle : bien que nos tas de fumier soient petits (40 à 100 tonnes) et demandent donc proportionnellement plus de temps de tracteur, le prix de la prestation est inférieur à 2 euros la tonne.
En fin le chauffeur repart pour travailler le tas de fumier chez l’adhérent suivant qui s’était inscrit pour cette tournée.
Les biaux jardiniers se trouvent donc avec un joli tas de compost qui «démarre» rapidement
Reste à ne pas oublier de couvrir le tas pour le protéger des lessivages d’éléments fertilisants qu’apporterait la météo dès «la première goutte de la première pluie», comme l’écrit Yves Hérody dans sa brochure éponyme. LIEN
Nous contrôlons l’évolution de la température du tas : c’est de la qualité de la fermentation que dépendra l’assainissement du fumier. C’est important pour le maraîcher qui ne tient pas du tout à ensemencer son jardin de graines d’adventices issues de la récolte du foin ou de la paille… La méthode est simple : on fait un trou jusqu’au centre du tas avec un gros manche, on y introduit un tube plastique qui reste à demeure. On y glisse le thermomètre attaché au bout d’une ficelle et d’une marque pour le repérer facilement, et on pense à relever les températures tous les deux jours. Elle s’élève rapidement vers 55° / 60° et y reste plusieurs jours.
Nous ne sommes pas partisans d’un compostage long : il nous semble que dans nos sols, une douzaine de jours est une durée adaptée à nos objectifs d’entretien de la vie microbienne. Et il nous paraît préférable que beaucoup des processus de digestion de la matière organique qui se déroulent dans le tas de compost ( donc en quelque sorte «hors sol» ) aient plutôt lieu dans le sol, en surface, au contact avec la terre. Avec quelques jours de stockage à l’abri du fumier avant retournement et une bonne semaine de fermentation en tas, nous obtenons un fumier assaini (cf page précedente fiche technique de Domnique Massenot LIEN ) et peu évolué, qui continuera sa fermentation avec la terre du jardin. C’est une technique dérivée du compostage de surface proné par Rüsch dans son livre «la fécondité du sol» (traduit par Claude Aubert à la fin des années 60) .
Petit dessin extrait de Dominique Soltner «les bases de la production végétale» tome 1 édition 1979 Sciences et Techniques Agricoles LIEN rapportant le résultat d’un essai comparatif de diverses méthodes d’apport de fumier
Le fumier composté est épandu en surface, sur les parcelles en engrais vert qui seront cultivées en légumes plus tard.
Tous les détails sur les diverses méthodes d’épandage utilisées en cliquant sur la photo ci-dessous :
Si la recette paysanne du fumier de bovin rapidement composté consiste en une rapide cuisson en tas allongé, pas trop gros et bien aéré, quelques jours à température 60 / 65 ° puis 50 / 55°, arrive ensuite le moment de démouler et de servir chaud, pour que la terre puisse déguster, sans problème digestif.

On reconnait le bon stade de cuisson au fait que la fermentation soit encore dynamique; la preuve ? lors de l’épandage, «çà fume» encore. Ce qui se voit sans discussion le matin ou le soir, ou n’importe quand avec le thermomètre de couche…
Le Biau Jardinier a selon les époques, utilisé plusieurs recettes d’épandage. L’une est celle que l’on peut nommer du nom des amis participant à l’opération :
avec son gros matériel d’éleveur, lourd et encombrant, ainsi que rapide et tassant peu grâce aux pneus larges basse pression. (LIEN vers un article «au jour le jour» sur ce sujet)
Recette avec aussi plusieurs avantages : la rapidité (1/2 journée), l’échange de services possibles, l’entretien par le travail des liens amicaux. Et quelques inconvénients : travail dans le sens perpendiculaire aux planches permanentes, épandage de pas mal de fumier aussi dans les allées. Et surtout l’obligation d’avoir assez de place disponible en bout de trajet pour les manoeuvres, donc une bande de plusieurs carrés consécutifs entièrement libres de légumes. Ce qui n’est pas forcément le plus fréquent. Parce qu’il n’est pas bien sûr question de rouler dans le sens des planches permanentes avec un épandeur si large, avec donc des roues non seulement trop écartées mais aussi plus larges que les allées qui tasseraient systématiquement toute la longueur de chaque planche !
L’autre recette est l’épandage manuel au croc avec transport à la bennette. (LIEN vers un article «au jour le jour» sur le sujet).
Avec le gros avantage de l’épandage uniquement sur les planches et pas du tout dans les allées permanentes. Et la parfaite souplesse d’usage : possibilité d’épandre «à la planche». Et la contrainte d’être deux : celui qui charge la benette en reculant dans le tas de compost et complète manuellement son chargement ; celui qui vide régulièrement la benne au croc puis «fignole» la répartition pendant que le chauffeur fait le chargement suivant. Etc… Solution viable, mais inconvénient du temps nécéssaire (2 ou 3 journées à deux personnes), et la nécessité de trouver la main d’oeuvre volontaire. Pour ce qui est de la question subsidiaire «où classer l’exercice physique» : avantage ? inconvénient ? Le Biau Jardinier hésite… À négocier…
Le Biau Jardinier teste maintenant une
qu› il rêvait depuis un bon moment de mettre en oeuvre. C’est la tentative de, comme on dit en termes de décideurs, «en même temps palier aux inconvénients et en même temps maximiser les avantages» des anciennes recettes. L’objectif :
Le Biau Jardinier utilise donc un petit épandeur maraîcher maniable et adapté à sa largeur de planches permanentes, et un tracteur agricole avec fourche de chargement.
Un épandeur de fumier «classique» est, par définition, un engin qui exige beaucoup de place pour la manoeuvre. Mais sans que le plus souvent cela pose de problème puisqu’il est utilisé dans de grandes parcelles. Par contre, chez le petit maraîcher, il y a une manoeuvre en entrée de planche et une manoeuvre en sortie, lieux où la place manque et d’où les obstacles ne sont pas forcément absents. C’est donc délicat. Et long : dans un jardin d’environ 250 planches (avec donc 500 obligations de manoeuvrer) çà peut devenir pour le moins «fastidieux»…
c’est l’épandeur à essieu directionnel : avec l’hydraulique du tracteur, on peut orienter les roues de l’épandeur comme on le souhaite.
Ça tourne dans un «mouchoir» : un vrai régal ! On rentre «direct», on sort «direct», on n’empiète pas sur le bout de la planche, etc… Le bonheur tractoriste !
parce que ce matériel coute cher … moitié d’un tracteur…
Alexis, maraîcher bio diversifié de la région lyonnanise et ancien patron du Biau Jardinier lui prête régulièrement le sien. C’est avec la grosse voiture de Charlie, l’ami entrepreneur de travaux public récemment installé sous le nom de Grebert TP, et une remorque de location, que le Biau Jardinier fait le transfert Lyon / Bresse.

«C’est pas écologique, tous ces transports !!! Faut faire local !!!», dit l’écolo (du moins celui qui de sa place d’observateur hors sol, trouve plus facilement «la petite bête» - qu’il cherchait - que la proposition de méthode viable ET vivable dans la réalité du terrain de la vraie vie paysanne et productive). «Pas écolo» est pourtant bien une erreur d’analyse : la location d’un matériel qui sert rarement est beaucoup plus adaptée et bénéficie d’un meilleur bilan global énergétique (donc éco-logique) que la pleine propriété individuelle. En terme urbain, faire le parallèle voiture individuelle avec transport en commun ou covoiturage.
Pour charger le fumier dans l’épandeur, solution entraide là aussi. Éric, paysan boulanger, prête son tracteur équipé d’une fourche hydraulique à pince. À charge de revanche : il apprécie beaucoup le broyeur latéral du Biau Jardinier.

Là aussi, il y a donc du transport «pas écologique» : la ferme d’Éric est à 13 km. Distance que le tracteur parcourt sur routes goudronnées, sauf bien sûr celle qui dessert le Biau Jardin de Grannod, qui bénéficie du glorieux titre de seule ferme de la commune de Sornay sans accès public goudronné… Ainsi équipé, le Biau Jardinier peut charger et épandre tout çà - en 3 journées - seul - sans trop de maux - en passant d’un tracteur à l’autre.
Le travail sur les légumes ne prend donc pas de retard. Et le résultat est un épandage de plutôt bonne qualité grâce au système de
un système qui émiette très bien le fumier.

Les volets permettent de régler la largeur d’épandage de façon à mettre le fumier composté sur la planche et à peu près pas du tout dans les allées.
Le Biau Jardinier peut épandre du fumier partout au jardin avec un assez beau résultat :
sur les planches nues qui vont être ensemencées

sur les planches d’engrais vert qui vont être incorporés au sol pour mise en culture

et sur les planches d’engrais vert pluri annuel qui ont bénéficié d’un broyage d’entretien peu avant.

Et aussi sur les prés puisque enlever les volets de l’épandeur permet facilement d’épandre large.
«… pratique de base de l’agronomie, le chaulage des sols réputés acides est souvent pratiqué sous des formes mal adaptées au type de sol, en fonction d’objectifs inadéquats ou réalisé avec des produits à la réputation surfaite. Une petite révision d’agronomie à la lumière de la pédologie s’impose !» écrit Dominique Massenot, agronome de la Loire.
On peut lire la suite de ce texte ici.
Séduits tant par l’optique «géologique» que par les perspectives de conduite agronomique apportées par les analyses Hérody (LIEN), les Biaux Jardiniers apportent du calcaire grossier broyé dans les sols de leur ferme.
La granulométrie de cette poudre de roche allant de 0 à 5 mm, soit du format «farine» au format «petit cailloux», en passant par celui de «grain de sable». La dégradation / mobilisation par l’activité microbienne du sol s’échelonne donc sur plusieurs années : la fraction la plus fine, quasi farineuse, est assimilée assez rapidement, la fraction moyenne ensuite, et la plus grossière n’étant finalement attaquée que les années suivantes. L’apport est à réaliser tous les cinq ans.
Cette poudre de roche provient de la Côte Chalonnaise. Le concassage est réalisé par «Michaud TP», nos amis de Moroges, commune sur laquelle les Biaux Jardiniers ont produit leurs légumes Bio une vingtaine d’années durant avant de se réinstaller en 1996 à Sornay. Origine locale… fabrication artisanale… livraison amicale…

La poudre de roche calcaire est conditionnée en Big Bags d’environ une tonne,

qui sont rangés à l’abri des précipitations pour éviter les éventuels compactages qui pourraient poser des problèmes au semoir lors de l’épandage.
Ce système de conditionnement / manutention nous semble le meilleur compromis sur une petite ferme comme la nôtre, qui ne dispose évidemment pas de silo ou d’abri pour stocker en conditions sèches une poudre de roche livrée en vrac. Et qui ne dispose pas non plus de semoir de grosse dimension attelé sur un tracteur puissant capable de lever de lourdes charges. Il faut donc louer un engin de manutention… Le Biau Jardinier s’adresse comme toujours dans ce genre de cas à l’entreprise locale Grebert Manutention (LIEN).
Pour «amortir» la location, le Biau Jardinier prévoit toute la manutention quasi en même temps en organisant la livraison et son déchargement à la même période que l’épandage (et donc que la manutention pour le rempissage du semoir). Prévoir ces travaux dans une période creuse de l’activité économique locale (type vacances d’hiver) permet en plus de bénéficier d’une «prime de fidélité» sous forme de prix très compétitif. Merci à eux !
Pour épandre la poudre de roche calcaire, le Biau Jardinier utilise un semoir à engrais acheté d’occasion sur lequel il a adapté un triangle d’attelage rapide
La cuve est dotée d’un agitateur qui évite que l’écoulement de la poudre de roche ne se bloque.
De façon à pouvoir ne vider chaque Bag que par moitié pour respecter le poids maxi à charger dans le semoir, le Biau Jardinier perce le bag avec un cône de vidage.
qui dispose d’une fermeture pour stopper l’écoulement de la poudre de roche une fois le semoir assez rempli.

Une fois le travail entamé…tout n’est que répétition…!
À condition évidemment de travailler lors de journées sans vent, et malgré la «rusticité» du semoir, les différentes granulométries de la poudre de roche calcaire se répartissent plutôt bien.