Pourquoi causer des buzz ???

Nos motivations…

Nos motivations à prendre le risque de froisser quelques idées (que l’on peut maintenant qualifier de «reçues») sont issues de l’actuel contexte «médiatico-idéologique» que nous, paysans Bio réels du terrain, subissons depuis plusieurs années : les chalands ne manquent pas d’occasion de se faire bercer.

  • Jeunes en quête d’orientation professionnelle et de sens de vie,
  • ou quadras lassés d’une brillante carrière de cadre dans la chimie, l’informatique, la finance ou la communication,
  • etc…

… nombreuses sont les personnes souhaitant «vivre à la campagne sur une petite ferme». Se pose donc, et beaucoup plus crucialement encore pour la première catégorie que pour la seconde, au delà de l’acquisition des compétences agronomiques de base - voire d’un minimum d’expérience de terrain - la difficile question de l’accès au foncier. Or :

  1. les parcelles agricoles potentiellement accessibles sont rares. Celles satisfaisantes en taille et situation pédoclimatique encore plus, sont par système «trustées» pour l’agrandissement des structures voisines par les organismes de l’agriculture «officielle» (et un système d’aides agricoles PAC sur-favorisant à l’excès les fermes déjà les plus grosses). Seules restent «facilement» accessibles aux non-agriculteurs les parcelles petites, et le plus souvent celles à faible potentiel agronomique. Comme le dit le proverbe paysan bien connu «c’est pas les meilleures terres qui s’laissent !!!»
  2. l’évolution de notre société a formé des citoyens de plus en plus hors sol tant par les réalités des métiers et modes de vie que par le décalage avec l’abondance d’images et de sons disponibles concernant «la nature» «l’environnement», voire «l’agriculture dite intensive, ses pollutions et suicides». Beaucoup sont donc déconnectés du terrain. Et depuis longtemps. Alors beaucoup, partant d’un parallèle hasardeux, en arrivent à confondre (de bonne foi !) maraichage biologique professionnel et jardinage amateur à tendance temporairement auto-suffisante. À confondre travail en agriculture sur une ferme qui produit et travail à distance avec habitat dans une maison rurale, réhabilitée, avec son petit jardin.
  3. l’histoire de la disparition du maraîchage diversifié péri-urbain dans la seconde moitié du XX ème siècle n’a pas été faite. Elle est donc peu connue du «public». Et si la société a conscience du rôle de la bétonnisation-bitumisation et / ou du lotissement de ces parcelles, peu nombreux se souviennent que ces sols, victimes de rotations intensives, étaient infesté de nombreuses maladies, virus et nématodes. Phénomène que les structures du développement agricole ont pudiquement baptisé «fatigue des sols», causée donc par la technique même du maraîchage classique intensif : le retour rapide des mêmes légumes au même endroit (qui est aussi la base du «maraîchage bio intensif sur petite surface», un des musts médiatiques actuels…). Ces terres devenaient ainsi impropres à la culture non chimique.

Tout ceci à notre avis explique en grande partie le succès médiatique des idéologies «de rêve» vendant l’idée qu’il est possible de BIEN vivre de maraîchage sur une toute toute petite surface qui amènerait des rendements énormes grâce à la méthode «bio-intensive» (bien évidemment durable !) et avec pas plus de travail humain à fournir que de capital à investir. Ces méthodes plus ou moins new age répondraient donc au problème :

  • - «pas de terre disponible ?!?»
  • - et pourtant envie de campagne ?!?

… «no souci ! … je vends la méthode pour produire très gros avec très peu !» …

Ainsi les communicants multiplient les mots-valise porteurs de concepts fumeux rassurant les «projets» : «permaculture» ou «maraîchage bio-intensif sur petite surface» voire «forêt maraîchère dans un coin de pré»… et le rêve se vend : car trop de personnes sont dans la situation d’avoir envie/besoin d’y croire.

C’est ainsi que l’abondance de vidéos ou d’articles - parfois beaux voire poétiques, mais le plus souvent creux, et aussi généralistes que peu techniques et pas trop étayés - cache assez mal l’absence de chiffres fondés, mais installe dans les esprits des idées simplistes. Et ils sont nombreux tous ces écrits de média qui semblent n’être qu’une vague remise en forme du dossier de presse fourni par le vendeur de la méthode ! Et çà tourne en boucle : toujours les memes 25 phrases, les mêmes 6 photos, les mêmes 3 chiffres. Sans contextualisation. Sans distance. Sans tentative d’analyse.

De plus dans l’actuel contexte de développement un peu plus assuré de la production agricole Bio - d’ailleurs surtout de sa commercialisation grand public - se diffuse une image hyper simplifiée de l’Agriculture Biologique. 

  • Accompagnant son développement sur le terrain, sa structuration a créé un assez gros secteur para-agricole, qui, comme toute structure, a ses logiques propres de fonctionnement ; parmi lesquelles la nécessité de maintenir les «postes», donc d’aller où sont les financements potentiels.
  • Accompagnant  la multiplication des cursus scolaires «sur l’environnement», se multiplient les offres de week end de «formation» vaguement newage autour de «la nature» proposés par des diplomés tentant une carrière dans l’animation, et créant ainsi leur propre emploi.
  • Accompagnant l’assez récente banalisation de la Bio dans l’esprit du public, s’est alors développé un gros secteur associatif dit «citoyen» qui attire notamment beaucoup de ces retraités qui après une pleine carrière consacrée à un travail parfois subi, ou au «développement» conventionnel des agricultures française ou de pays «du Sud», des techniques et systèmes professionnels, sociaux, etc… de l’agriculture conventionnelle, «militent», voire tentent de se refaire une jeunesse, de garder une fonction pédagogique - ou un «pouvoir» disent quelques mauvais esprits -  (ou se passionnent : «enfin libre !») - dans la définition, la gestion et la promotion de ce qui serait, selon eux d’après leurs dernières lectures, une transition écologique, une agriculture locale (!?) libérée de la propriété (comme du système financier !), un commerce équitable, etc… eux qui ont passé leur vie active rémunérée à faire tout autre chose, voire à tout le contraire !

Bref, tout ceci (para-agricole «idéologisant» et développement personnel, émissions TV à pseudo-scandales et films en mode affectif, stage permacole en forêt-maraîchère et confiture de reconnexion à la «nature», montagnes de livres de jardinage, etc…) en arrive à rendre inaccessibles les informations paysannes, c’est à dire :

  • les enquêtes «autogérées» issues du terrain paysan réel lui-même,
  • les analyses précises, menées par nos techniciens de terrain à partir des données de nombreux professionnels expérimentés
  • les études qui n’ont rien à vendre mais expliquent seulement la réalité paysanne de la terre à partir de pratiques agricoles réelles, multiples, suivies dans le temps.

Tous travaux de terrain qui ne font pas le buzz, issus des données enregistrées par des travailleurs vivant de la seule vente de leur production et non de stages. Buzz qui n’est d’ailleurs ni leur objectif ni leur vocation. Et d’ailleurs ne serait pas à portée de leurs moyens, puisqu’ils n’ont rien à vendre avec.

Et c’est ainsi que se multiplient, au delà des idées simplistes reçues, les «installations maraîchères» dans des conditions parfaitement aléatoires (contextes pédoclimatiques «difficiles» et quasi absence de matériel, donc conditions de travail insupportables sur la durée) aboutissant à des échecs bien évidemment économiques, mais surtout humains (donc des blessures personnelles profondes, des séparations, etc…). Des installations qui souvent ne durent que le temps de consommer et ne plus être dans l’obligation de rembourser la (les) DJA (et autres aides financières publiques obtenues). Puis vient le temps de chercher - dans la douleur - un autre travail : pour avoir un revenu.

Ce qui, c’est la loi du commerce et de la comm›,  n’enlève rien au revenu ou à l’aura médiatique des vendeurs de méthode miracle…

Nos sentiments…

Les Biaux Jardiniers, comme ceux de leurs collègues professionnels Bio de terrain qui osent froisser l’air du temps (et il y en a !) en contestant la validité de ces buzz

  • ne développent aucune jalousie face à leur succès (médiatique),
  • sont agacés par ces idéologies vagues qui déconsidèrent leur métier et les compétences nécéssaires à le pratiquer en paysan réel,
  • sont attristés par toutes ces «situations-galères» qu’ils peuvent croiser chez ceux qui tentent sur le terrain d’imiter leurs lectures à la mode,
  • sont révoltés par ce système médiatique qui profite à les encourager… de loin (au chaud du profit généré).

Nos moyens :

Comme partout ailleurs sur ce site, nos moyens ne sont que la diffusion (gratuite) d’informations validées sur le terrain paysan ET sur la durée. Dans l’optique d’apporter des connaissances précises, donc de la compréhension. Dans le but de permettre de potentielles compétences supplémentaires au  visiteur de notre site (qu’en ceci nous remercions de sa visite !).

Nous en souhaitons bonne lecture (parfois facilitée par l’utilisation d’un crayon et / ou d’une petite calculette. Et par une calme prise de distance).