Composter le fumier en Cuma

Les biaux jardiniers ont bien de la chance : leur collègue Raymond, n’est pas installé très loin de chez eux et Raymond est éleveur bio allaitant (ce qui veut dire qu’avec surtout de l’herbe verte de ses prés, du foin de ses prés et un petit peu de céréale, il fabrique de la viande). Et comme il ne cultive que peu de céréales, il a assez régulièrement trop de fumier pour les besoins agronomiques de sa ferme.

Et donc, comme il est en bio et pas trop loin de chez nous, nous lui achetons son  surplus de fumier. Comment ? Avec l’argent que nous avons obtenu en échange du foin de nos prés. Sur lesquels nous n’élevons pas de bovins. Ce qui est parfaitement normal puisque nous sommes maraîchers et pas éleveurs. Nous ne pouvons pas tout faire ! Et nous ne sommes pas les seuls : notons que pas exemple Raymond, qui est éleveur de bovins, ne produit pas de légumes … Ce qui est parfaitement normal, puisqu’il est éleveur et pas maraîcher ! Et lui aussi, il ne peut pas tout faire !

C’est ainsi que la boucle agronomique est bouclée : notre ferme maraîchère sans bovin, grace à ses prés, procure du fumier de bovin aux parcelles maraîchères.

Le système agronomique «classique» ancien, tendance autonomie, fonctionnait en boucle. À noter cependant que de tous temps, les maraîchers ont mis en valeur des fermes sans bétail (mis à part parfois quelques volailles mais seulement pour une large consommation personnelle, donc incapable de fournir assez de fumier - surtout du fumier de bovin - pour assurer la ferilité des sols destinés à la production des légumes). Notre système agricole spécialisé, plus contemporain, fonctionne en boucle un peu plus large grâce à la participation économique de deux autres paysans bio : Raymond, avec ses bovins, les Gretener qui achètent notre foin pour leurs bovins ou leurs chevaux, ou ceux de leurs clients éleveurs bio.

Et grâce à la participation mécanique de Francis, l’ami ancien viticulteur et voisin de notre précédente ferme, maintenant entrepreneur de travaux publics, le fumier sorti par Raymond de ses écuries  avec l’engin de manutention de sa Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole) locale, puis chargé dans les bennes de Francis, passe rapidement du Val de Saône au Val de Seille.

Ça se passe presque toujours très bien, sauf… LIEN !

Quand vient en début de printemps la saison de curer les écuries chez Raymond, c’est à peu de choses près à la même période que chez les autres éleveurs. Et c’est donc la saison où la CUMA compost 71 prévoit plusieurs tournées du retourneur. 

Il nous est donc assez facile de programmer précisément les dates du chantier : notre objectif est une livraison quelques jours avant le passage programmé du retourneur, et un épandage une huitaine de jours après le passage du retourneur.

Du point de vue du petit maraîcher, le retourneur d’andains est un gigantesque outil d’une largeur de travail de 5 m 30, entrainé par un non moins gigantesque tracteur. Une fois déplacé, en position de travail, sur le coté du tracteur, il enjambe le tas de fumier. Le rouleau travaillant, muni de pales, fragmente le fumier. Le mouvement rotatif projette la masse travaillée progressivement quelques mètres en arrière, et donc le déchiquette, le mélange et l’aère. Des déflecteurs  forment le tas. L’avancement se fait grâce au tracteur de la Cuma par les deux roues crantées motrices du retourneur.

retourneur d'andains  5 m 30 de la CUMA Compost 71, pour détails techniques, cliquer !

Ce matériel n’est bien évidemment pas à la portée du petit maraîcher bio isolé, ni même du gros éleveur pas bio tout seul lui aussi d’ailleurs. C’est pourquoi, en 2002,  sur l’initiative de la chambre d’agriculture, nous nous sommes regroupés à une trentaine d’agriculteurs pour acheter ce retourneur en commun. Nous sommes actuellement plus de 300 dans cette CUMA.  Comme quoi, souvent, à plusieurs, on y arrive mieux que seuls.

Pour plus de renseignements sur le fonctionnement de la cuma compost 71, pour lire le point de vue de la chambre d’agriculture de Saône et Loire sur le compostage en tas : www.cuma-compost71.fr

L’opération ne prend que quelques minutes pour brasser et aérer une quarantaine de tonnes de fumier, avec un passage aller et un passage retour.

Ci dessous le roman-photo 2015 du compostage de fumier de bovins bio, de la livraison à l’épandage :

Les bennes sont vidées à la que leu leu et en fonction de la largeur de travail du retourneur de la Cuma.

Le jour dit, le retourneur arrive derrière le tracteur. Dans la parcelle, le chauffeur le «déplie» sur le coté, dans sa position de travail.

le retourneur "attaque" facilement le tas quand le fumier a été correctement aligné

Et c’est parti.

En jouant sur la vitesse d’avancement du tracteur, le chauffeur de la Cuma permet au retourneur de corriger les inégalités du tas dues à la livraison. Ça n’est pas une préoccupation esthétique ! Un tas sans creux ni bosses sera beaucoup plus facile à protéger de la pluie et la masse aura fermenté de façon plus homogène.

le premier passage du retourneur permet d'homogénéiser le tas et régulariser sa forme

Expérience faite, nous demandons systématiquement un deuxième passage de retourneur à la suite. Cela permet de mieux affiner le fumier, de mieux l’aérer. Le chauffeur fait donc demi tour avec tout l’attelage…

manoeuvre en bout de tas pour un deuxième passage, de finition

et c’est reparti pour un deuxième brassage aération du tas,  dans l’autre sens.

un joli tas de fumier bio,qui devrait gentiment partir en fermentation chaude

Le deuxième passage permet d’obtenir un meilleur afinement, et un démarrage très rapide de la fermentation du fumier bio. L’élévation de température garantit la destruction des graines d’adventices présentes dans le fumier, et que les biaux jardiniers ne souhaitent pas du tout introduire dans leur jardin !

La bonne qualité de fermentation garantie par la double aération et le double affinement nous permet de ne pas redemander le passage de retourneur qui est proposé d’office par la Cuma 3 semaines après le premier.

le retourneur est rangé dans l'axe du tracteur

Reste ensuite à remettre l’outil en position route (derrière le tracteur, dans l’axe et sur ses roues de transport)

Dernière étape :  le Biau Jardinier signe le bon de travail pour que la Cuma puisse facturer. L’organisation Cuma permet, une fois l’investissement dans les parts sociales réglé, de bénéficier de cette technique pour une faible somme annuelle : bien que nos tas de fumier soient petits (40 à 70 tonnes) et demandent donc proportionnellement plus de temps de tracteur, le prix de la prestation est inférieur à 2 euros la tonne.

En fin le chauffeur repart pour travailler le tas de fumier chez l’adhérent suivant qui s’était inscrit pour cette tournée.

Les biaux jardiniers se trouvent donc avec un joli tas de compost qui démarre rapidement

démarrage de la fermentation du tas de compost de fumier de bovin bio

Reste à ne pas oublier de couvrir le tas pour le protéger des lessivages d’éléments fertilisants qu’apporterait la météo dès «la première goutte de la première pluie», comme l’écrit Yves Hérody dans sa brochure éponyme. LIEN

Nous contrôlons l’évolution de la température du tas : c’est de la qualité de la fermentation que dépendra l’assainissement du fumier. C’est important pour le maraîcher qui ne tient pas du tout à ensemencer son jardin de graines d’adventices issues de la récolte du foin ou de la paille…La méthode est simple : on fait un trou jusqu’au centre du tas avec un gros manche, on y introduit un tube plastique qui reste à demeure. On y glisse le thermomètre attaché au bout d’une ficelle et d’une marque pour le repérer facilement, et on pense à relever les températures tous les deux jours. Elle s’élève rapidement vers 55° / 60° et y reste plusieurs jours.

Nous ne sommes pas partisans d’un compostage long : il nous semble que dans nos sols, une huitaine de jours est une durée adaptée à nos objectifs d’entretien de la vie microbienne. Et il nous paraît préférable que beaucoup des processus de digestion de la matière organique qui se déroulent dans le tas de compost ( donc en quelque sorte «hors sol» ) aient lieu dans le sol, en surface, au contact avec la terre. Avec quelques jours de stockage de fumier avant retournement et une semaine de fermentation en tas, nous obtenons un fumier assaini (cf page précedente fiche technique de Domnique Massenot LIEN ) et peu évolué, qui continuera sa fermentation avec la terre du jardin. C’est une technique dérivée du compostage de surface proné par Rüsch dans son livre «la fécondité du sol» (traduit par Claude Aubert à la fin des années 60) .

Petit dessin extrait de Dominique Soltner «les bases de la production végétale» tomme 1 édition  1979 Sciences et Techniques Agricoles  LIEN rapportant le résultat d’un essai comparatif de diverses méthodes d’apport de fumier

Le fumier composté est épandu en surface, sur les parcelles en engrais vert qui seront cultivées en légumes plus tard.