Une ferme transmise

Les biaux jardiniers «canal historique» ont pris leur retraite au 1er janvier 2016, et c’est leur fils Matthieu qui s’est installé par reprise de la ferme. Il s’était depuis quelques années, «autoconstruit» le CV adéquat…

CV de Matthieu

Bac STAV

(sciences et technologies de l’agronomie et du vivant) obtenu en 2012

Salariat

Apprenti en alternance près de deux ans dans l’Est lyonnais, dans un GAEC de 3 maraîchers bio (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) vendant à la ferme, qui s’est dissous.

Matthieu a donc cherché un autre emploi formateur. Il a travaillé en CDI deux ans au Sud de Lyon, à l’earl Gontel, chez Christiane et Guillaume, des maraîchers bio «historiques» associés à leur fils Alexis.

Maraîchage au pied de la Côte Rotie

Ils produisent une magnifique gamme très diversifée sur une vingtaine d’hectares de plein champ et 3 de tunnels : une «grosse boite» avec une dizaine de salariés. 

Parcelle de chou "dans la plaine"

Ils vendent leur production en grosse partie au détail (paniers, marchés). Et n’hésitent pas à «dépanner» leurs collègues.

«Tour de France 2015»

Matthieu a effectué un «tour de France» de maraîchers bio pour compléter sa formation par la connaissance d’autres climats, d’autres pratiques de production, d’autres manières de penser, de gérer et vivre sa ferme. Et pour cultiver son ouverture d’esprit grâce à ces compagnonnages.

En Mayenne

chez nos amis Agnès et Christophe (quelques détails par ce LIEN 1 puis par ce LIEN 2) qui vendent  des paniers en amap, des commandes par internet et sur un marché de la banlieue résidentielle de Rennes.

Un joli banc de marché !

On peut visiter leur site «des clics au potager». Ils travaillent en planches permanentes

depuis leur visite chez nous, avec une rotation lente à base d’engrais verts pluri-annuels sur lesquels ils font paturer une vache et un âne.

Cohabitation, mais avec un fil entre !

Ils sont très motivés par l’ergonomie des postes de travail, l’organisation de la production respectueuse des travailleurs. Matthieu a aussi pu découvrir chez eux les charmes des abris «multi-tunnels».

Dans le Morbihan

au Gaec Le Jeloux, des paysans bio «historiques de la deuxième génération» (celle des biaux jardiniers) produisant notamment du plant de pomme de terre vendu aux maraîchers bio dans le cadre de la structure collective qu’ils ont créée avec plusieurs collègues : «Paysons Ferme !» Ils sont, avec notamment Goulven Thomin, de cette petite bande des pionniers du plant de pomme de terre et d’échalote paysanne bio. Pour accéder au site de «payzons ferme !», connaître leur histoire, leurs engagements, leurs produits, cliquer sur la page d’accueil de leur site ci-dessous :

CLIQUER pour visiter le site PAYZONS FERME ! association de producteurs de plant de pomme de terre et échalote.

Pour faire un peu connaissance avec Gilbert, suivre le lien vers cet article. Pour une rotation fermière, ils produisent aussi haricot vert, céréales, maïs, vendus en gros. Parce que Gilbert et Catherine travaillent en association avec leur fils Yann, installé depuis quelques années, Matthieu a pu se familiariser avec ce que peut apporter le compagnonnage avec «les anciens», tout en cultivant son autonomie. Ainsi qu’acquérir de bonnes compétences dans la culture de la pomme de terre.

Sur une île bretonne

quelques semaines ont apporté à Matthieu la confirmation concrète de ce que la réflexion lui suggérait : les méthodes de maraîchage biologiques présentées comme miraculeusement hyper rentables dans les vidéos à succès diffusées sur Internet, ne le sont que dans des «fermes» à activité principalement touristique ou pédagogique très lucratives. Mais dans «la vraie vie», professionnelle et agricole, celle du paysan qui doit nourrir pour se nourrir, la survie économique peut alors n’être assurée que grâce à la main d’oeuvre gratuite fournie, lors de journées au long cours, par des personnes non payées.

Dans la Loire

en zone de coteaux, à 600 m  d’altitude, chez un Gaec de deux maraîchers, Marc et Joffrey, vendant à des amap, sur les marchés, à des restaurants et en demi-gros. Matthieu a pu s’y familiariser avec le travail sur terrains pentus, ainsi qu’à l’intérêt agronomique d’un troupeau de moutons.

Dans le Maine et Loire

Matthieu a travaillé chez Gérard, Violaine et Christelle. Ils vendent dans le cadre d’une OP (organisation de producteurs) qu’ils ont grandement contribué à créer (LIEN), ainsi que des paniers confectionnés par un jardin d’insertion à partir des légumes fournis par plusieurs producteurs organisés collectivement. Champion de mécanique, Gérard a adapté deux vieux enjambeurs viticoles pour en faire un seul, mais maraîcher… Matthieu s’y est aussi formé à la parité homme/femme dans le travail paysan. Cette étape a aussi été l’occasion de rencontrer des paysans producteurs de semence de variétés rustiques adaptées à la bio, organisés collectivement. Lien vers leur «expé» carotte ICI

Des projets plein la tête…et les bras !

De nouveaux tunnels

…ce qui est parfaitement nécessaire.
Proportionnellement à la surface cultivée en plein champ, celle disponible sous tunnels au Biau Jardin de Grannod en 2015 est insuffisante. C’est un des ratios les plus faibles parmi les maraîchers bio équivalents de nos régions. Ce qui amène des difficultés pour y faire régulièrement des engrais verts pour prévenir les maladies du sol. Et ce qui limite la diversité des légumes dans les paniers de printemps. Les vieux biaux jardiniers étaient bien conscients du problème, mais l’âge aidant, ils avaient reculé devant cet investissement et surtout devant la somme de travail physique nécessaire au montage de ces nouveaux abris puis à leur  culture.
Le jeune biau jardinier a donc installé des tunnels plus modernes, à la fois plus efficaces pour la conduite des cultures et plus confortables pour le travail du paysan :

Pour suivre le détail de ce chantier : LIEN

Augmenter peu à peu la production

… calmement, ce qui nécessite d’aménager mieux une parcelle déja un peu cultivée en légumes. Et ce qui demande quelques agrandissements des locaux de stockage de légumes (LIEN 1) (lien 2 à venir). La salle de préparation conditionnement des légumes sera elle aussi agrandie et mieux équipée, pour permettre de gagner autant en confort qu’en efficacité de travail.

Le GFA les Jardins qui Chantent

sera donc amené à porter quelques agrandissements et modifications du bâtiment. De nouveau associés pourront  y investir… avis aux amateurs donc!

Remise en contexte

Souvenons nous que dans ce traditionnel bassin maraîcher du louhannais, précisément sur la commune maraîchère de Sornay, les biaux jardiniers ont été les derniers à s’installer pour produire y des légumes.  Il y a 20 ans !  Dans un contexte…   …   (!)
Depuis 20 ans, nombreux sont les maraîchers locaux qui ont arrêté leur activité en cours de carrière, au point que la surface arrosée a été divisée par plus de 2 en 25 ans malgré l’augmentation de la surface en pépinière ornementale
Depuis 20 ans, aucun départ en retraite de maraîcher n’a été suivi d’une installation de jeune maraîcher.
Depuis 20 ans, souvent les parcelles maraîchères de retraités ont perdu leur vocation maraîchère sous le béton et/ou la pelouse lors d’opérations immobilières.

«La bio, c’est pas sérieux, y’a pas d’avenir là d’dans. Et pis d’abord, çà march’pas»

Alors, comme le dit Tintin à chaque fin d’album : «Allez, en route pour de nouvelles aventures !»