Sans chimie de synthèse

Le cahier des charges de l’agriculture biologique - et les choix écologiques des paysans bio ! - excluent l’usage de tous les pesticides de synthèse légalement autorisés en agriculture… et ils sont nombreux : il en existe pour à peu près chaque usage !

Un herbe risque d’être envahissante ? Pas de problème, le désherbant chimique est là ! No souci, et pschhhhhhhhhhhhit !

Les conditions sont propices au développement d’une maladie ou d’un parasite ? La chimie de synthèse répond ! No souci, et pschhhhhhhhhhhhit !

Le Biau Jardin de Grannod

Sans recours possible à toute cette pharmacopée, on peut dire que les paysans Bio travaillent «sans filet». De fait, on dirait plus justement que nous travaillons dans une optique de prévention. Car le nombre et la gravité des problèmes rencontrés en agriculture conventionnelle viennent au fond de ses pratiques (la plupart du temps d’ailleurs revendiquées comme justifiées et imposées par les engrenages économiques) : rotations hyper simplifiées, engrais solubles nourissant directement la plante et donc la fragilisant, «intensification» notamment par une succession hyper rapide de légumes, simplification du milieu jusqu’à l’absurde, etc…. Plus grand monde d’ailleurs ne le conteste aujourd’hui, et en milieu agricole aussi.

Monsieur de la Palice dirait que pour ne pas utiliser de traitements chimiques de synthèse, la meilleure «méthode» est de faire en sorte de ne pas être dans la situation d’en avoir besoin…

Nos pratiques consistent, fondamentalement, à entretenir notre ferme de façon à en valoriser les équilibres, en entretenir l’autonomie, et en accroître autant que faire se peut la biodiversité, donc 1° «ne pas tout casser» sur la ferme et à 2° refuser les méthodes dites intensives de production de légumes au jardin.

«Primum non nocere»…

… «d’abord ne pas nuire» disait paraît-il Hyppocrate quatre siècles avant notre ère ! C’est ce que, non pas médecins mais paysans bio, les Biaux Jardiniers gardent à l’esprit dans leur manière de pratiquer l’agriculture : valoriser la ferme telle qu’elle est et où elle est, le milieu dans lequel nous travaillons, par l’observation et le respect de ses équilibres naturels pour la mise en valeur de ses potentialités agronomiques, l’observation et l’obéissance à ses logiques. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons fait le choix, quitte à être plus éloigné des grands bassins de consommation qui facilitent l’écoulement proche de la production, de ne pas nous ré-installer en milieu péri-urbain ou en périphérie de zone pavillonnaire. (des études déja anciennes notamment de la Frapna ont montré que la diversité des insectes était plus faible en zone résidentielle «rurbaine» ( = à tondeuses à gazon hebdomadaire) que même en zone agricole !

Le milieu agricole et rural dans lequel nous avons choisi de vivre, peu construit comme peu garni d’axes routiers, comportant en plus des parcelles de culture, notamment des zones inondables, des zones d’élevage avec prairies permanentes, des zones boisées, etc…continue à bénéficier d’une diversité, favorisant la possibilité de la Bio dans notre ferme elle-même.

D’autres articles de ce livre décrivent notre ferme et nos choix agricoles pour la valorisation de nos prairies permanentes, la conservation de larges zones humides, mais aussi l’entretien de nos bois, des arbres isolés et du bocage.  Dans notre Biau Jardin de Grannod dès la fin du précédent millénaire (…) et comme sur notre ferme précédente dans les années 80, nous avons par exemple toujours beaucoup investi dans l’entretien du bocage présent et la plantation de haies là où nous pensions qu’il y en avait besoin (LIEN). Pas seulement pour se protéger des vents comme des dérives du voisinage, pas seulement parce que c’est beau (très !) : aussi pour offrir le gîte et le couvert à toute la faune diversifiée qui ne trouverait pas sans cela au jardin le milieu bien adapté à ses besoins.

La pratique du maraîchage étant par définition une activité potentiellement perturbante pour le milieu, nous avons à coeur d’intégrer jusqu’au sein même du jardin des lieux de faible activité agricole et sans aucune production de légume. Choix que nous pouvons asumer car le jardin et la ferme ont une surface et des potentialiés suffisantes pour se permettre de «perdre un peu de place» productive en légumes.  Donc par exemple nous entretenons, au sein même du jardin, et jusqu’auprès des carrés de légumes, quelques ronciers, des parterres de lierre, des touffes d’orties, etc, riches en nombreux insectes prédateurs ou pollinisateurs efficaces.

Nous tentons de vivre en harmonie non pas dans mais AVEC le milieu. Et refusons donc les méthodes et pratiques dites intensives.

Refus de «l’intensif»

Agriculture intensive ?

Il faut se souvenir du sens des mots : l’agriculture dite conventionnelle est un système économique, mis en place par des choix politiques anciens qui, notamment grâce à d’importants financements publics, fait cultiver une grande surface par très peu de travailleurs, avec beaucoup de pollutions induites par ces pratiques.  Ce système n’a d’intensif que l’importance du recours aux intrants extérieurs à la ferme, issus de la chimie de synthèse, parallèlement à la faible utilisation de travail humain ; mais la production d’énergie à l’unité de surface n’a absolument rien «d’intensif».

Et le bilan de sa production de calories est très faible, voire négatif.

Le maraîchage «intensif» des petites régions spécialisées, ou le maraîchage péri-urbain, des années 1950 / 70 a largement montré que ses pratiques dites «intensives» ne permettent pas une agriculture durable : succession très rapide des légumes avec donc retour très fréquent des mêmes familles de plantes dans le même sol, absence de cultures autres que maraîchères (pas d’engrais verts longs par exemple), apports systématiques et très massifs de matière organique voire de compost très mûrs, et bien sûr apports importants d’engrais chimiques solubles, etc… ont engendré la multiplication des maladies et parasites non seulement des plantes, mais aussi de la terre elle-même (nématodes) phénomène pudiquement baptisé «fatigue des sols».

Maraîchage bio-intensif ?

Nous refusons de même les techniques actuellement très en vogue, au moins sur internet (!), «d’intensification» pronées par les «écoles» de maraîchage sur petite surface (dit maraîchage bio-intensif) ou autres idéologies de «micro-fermes». Elles n’ont d’ailleurs bien souvent que très peu de réalité agricole sur le terrain. Il en est même qui arrivent à faire carrière par la vente de livres ou conférences ou séries TV ou formation accélérée, vantant (vendant) leur découverte d’une méthode agricole miraculeuse étayée par…quelques annés de production seulement. D’autres, conférenciers souvent salariés du secteur public, par quelques enquêtes, alimentent un «modèle informatique» que l’on «fait tourner» pour en extrapoler ce qui serait la validité, agronomique comme économique, d’une «méthode agricole», voire d’un projet !…

Ces «techniques» sont souvent elles aussi basées sur une énorme importation d’intrants, notamment des apports massifs de matière organique 10 ou 20 fois supérieurs au maximum autorisé par l’officiel  Cahier des Charges de l’Agriculture Biologique (dont certains, et parfois les mêmes, dénigrent systématiquement son supposé laxisme…en se présentant parfois même leur «école» comme plus bio que le  bio !)…

Certaines «tendances» en vogue prétendent même remettre au goût du jour les pratiques des maraîchers parisiens du XIXème siècle qui s’étaient spécialisés dans les cultures forcées par chauffage; maraîchers parisiens dont niveau de vie et mode de vie n’étaient pas comparables à l’actuel, qui disposaient d’une main d’oeuvre familiale nombreuse et gratuite comme d’une clientèle de privilégiés dans un contexte où les ménages consacraient un énorme pourcentage du budget à l’alimentation…). Les concombres et melons précoces, fraises primeurs et autres bottes d’oignon blanc peu boulés ou carootes immatures des maraîchers parisiens du XIX ème n’étaient pas mangés par les membres de la classe sociale qui se nourrissait surtout des diverses raves et autres choux produits dans les vastes campagnes beauceronnes…

Intensification => néfaste au milieu

Il est démontré depuis fort longtemps qu’à l’échelle de la parcelle, ce qui a été baptisé «intensification des pratiques agricoles» a des conséquences néfastes sur la santé du sol comme sur la biodiversité du milieu.

Milieu naturel ?

Paysans maraîchers en culture biologique controlée, nous sommes conscients que non seulement la parcelle cultivée n’est pas par définition un milieu «naturel» (puisque l’homme y intervient)  mais que le maraîchage consiste à faire subir à la parcelle la présence constante du producteur et de ses interventions mécaniques  ou manuelles incessantes, qui plus est pour récolter des végétaux pour beaucoup avant la fin de leur cycle de vie ( = au stade immature puisque avant production de leur semence). Ce genre de pratique ne peut - en soi - que favoriser et multiplier les déséquilibres du milieu.

Choix paysans !

Les Biaux Jardiniers, installés en milieu rural sur une ferme très diversifiée font donc des choix paysans respectant les équilibres dynamiques du milieu ; ils tentent de se rapprocher de l’équilibre apporté par le cycle de la polyculture-élevage confortant parallèlement l’autonomie de la ferme :

  • rotation «lente» ce qui peut logiquement diminuer le chiffre d’affaire par unité de surface, MAIS permet surtout de mieux rompre le cycle des maladies et parasites, ce qui facilite la pratique biologique en prévenant bien des risques ;
  • engrais vert pluri-annuel par une rotation leur consacrant une grosse proportion de la surface productive du jardin (gage de durabilité de la fertilité comme de résilience de la ferme) ce qui peut faire «perdre de la place» pour des légumes MAIS non seulement limite la pression des adventices, ameublit et enrichit gratuitement le sol et la vie microbienne mais de plus limite la pression sur la terre et accroit - et par l’autonomie ! - une fertilité amenant de belles récoltes ;
  • surfaces «sauvages» (nommées parfois de «compensation écologique» par certains officiels qui cherchent l’absolution à polluer ailleurs en échange), donc là aussi place productive en légumes «perdue» et cependant «travail supplémentaire» car consacré à  préservation et / ou installation de nombreux lieux de biodiversité : haies, arbres isolés, bandes fleuries, ilôts sauvages, enherbements permanents, zones humides, arbres morts, etc… MAIS pérénnisant, jusqu’au milieu même du jardin, un équilibre écologique favorable aux cultures.
  • cultures à faible densité pour une bonne aération des plantes, ce qui évidemment diminue la quantité semée donc potentiellement celle récoltée MAIS limite encore plus logiquement les conditions propices au développement des maladies, donc augmente potentiellement la qualité de la récolte, voire la garantit.

L’ensemble de ces choix apportant une moindre pression des maladies et parasites nous permet d’être dans une démarche d’autoconstruction de santé végétale et d’autoproduction d’auxiliaires des cultures. Ce qui est à nos yeux le fondement de l’Agriculture Biologique. C’est seulement ensuite, et si les mesures préventives «internes» à la ferme ne suffisent pas à elles toutes seules, que nous nous tournons vers les «intrants» utilisables en AB :  lâchers d’auxiliaires achetés, utilisation de quelques uns des produits végétaux ou minéraux simples autorisés par le cahier des charges de l’AB.