Des planches permanentes

Nous sommes passés progressivement à la culture en planche permanente depuis les premières années de ce millénaire. C’est un système agronomique qui repose sur des bases très simples, pour ne pas dire évidentes, tellement simples et évidentes que je me demande encore maintenant pourquoi nous n’y avons pas pensé plus tôt…

Le Biau Jardin de Grannod

L’agronomie des planches permanentes consiste à réserver, en permanence, d’une année sur l’autre, les allées au passage des roues de tracteur ou des pieds des maraîchers pour le tassement, et les planches exclusivement à la culture des légumes pour la qualité de sol. Les outils sont donc choisis ou modifiés pour d’une part ne plus faire de travail de sol profond derrière les roues, et d’autre part profiter de chaque travail de la planche permanente pour faire un léger binage de surface de l’allée dans le but d’en éviter l’enherbement.

Le travail en planches permanentes limite énormément tous les problèmes de tassement, qui sont reportés en dehors de la zone de culture, et en même temps, la portance de l’allée est augmentée d’autant. Parallèlement, comme la planche de culture est mieux structurée, elle réssuie beaucoup mieux après les périodes pluvieuses. Sachant que les conséquences du passage des roues du tracteur ne se feront pas sentir dans la planche de culture, la liberté d’intervention du paysan augmente d’autant.

Le travail en planches permanentes facilite énormément l’organisation : comme le travail devient possible planche par planche puisque plus n’est besoin que l’ensemble d’un carré soit disponible pour sa reprise (comme avec le labour ou le bêchage) la méthode apporte énormément de souplesse : tous les travaux peuvent être «individualisés à la planche» : repise d’une planche de légume après récolte, préparation de sol, occultation, semis ou incorporation d’engrais vert, etc… peuvent se faire sans attendre

En planches permanentes, c'est facile de ne reprendre que ce que l'on souhaite

La démarche s’accompagne d’une volonté d’évitement des outils rotatifs :

bien évidemment pour la finition. Le fait est que le besoin de passer un outil du type rotovator juste avant le semis n’est le plus souvent que le signe d’une mauvaise préparation de sol par les outils utilisés antérieurement, le plus fréquemment dans de mauvaises conditions.

mais aussi pour la reprise des cultures ou l’incorporation des engrais verts. Nombreux sont ceux qui tentent de mettre au point d’autres itinéraires techniques avec des outils tirés, reprochant aux outils rotatifs d’être :

  • trop technologiques  (besoin de prise de force, renvois d’angle, transmission, etc)
  • violents (destruction de la faune tellurique)
  • agronomiquement dangereux (risque de lissage ou d’émiettement excessif)
  • gourmands en temps (vitesse de travail faible)
  • gourmands en matière (consommation élevée, usure rapide, beaucoup d’entretien)
  • gourmands en finances (bien que les petits outils rotatifs importés soient assez bon marché, les outils «classiques» à double rotor et leurs versions modernisées du type conditionneurs de sol - quelle appellation…- coûtent «un bras» ( et alors le paysan manchot soufre au travail ! ).