COP 14 à Sharm El Sheickh

Via Campesina (lien) 4 décembre 2018

L’industrie des biotech tente de paralyser la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, elle ne paralysera pas les paysans.

Malgré de longues négociations, la 14ème conférence de la Convention sur la biodiversité s’est achevée le 29 novembre à Sharm El Sheickh en Égypte en laissant la porte ouverte à la contamination et à l’appropriation de l’ensemble de la biodiversité naturelle et de la chaîne alimentaire par les brevets de l’industrie des biotechnologies.

Les OGM exterminator mis au point par les techniques de forçage génétique visent à éradiquer définitivement des espèces entières, qu’elles soient animales, végétales ou microbiennes. Une fois disséminés, aucune frontière ne pourra les arrêter tant qu’ils n’auront pas achevé leur mission mortifère. Les promesses de supprimer ainsi tout vecteur de maladie comme les moustiques de la malaria ne sont que mensonges : la nature a horreur du vide et risque même de laisser apparaître de nouveaux vecteurs encore plus agressifs. Les gouvernements progressistes n’ont pas pu obtenir le moratoire attendu pour interdire la dissémination de ces chimères. La Convention ne fait que recommander des précautions : évaluation des risques, consultation des populations autochtones ou locales, mais surtout pas de l’ensemble des citoyens concernés qui pourraient les soutenir contre les promoteurs du forçage génétique.

En réduisant les modifications génétiques ainsi obtenues à de simples « informations » dématérialisées pour rentrer dans les algorithmes des ordinateurs, l’industrie étend la portée de ses brevets à l’ensemble des plantes, des animaux ou des micro-organismes qui contiennent naturellement les mêmes « informations ». Le brevet sur l’information génétique associée aux gènes qui accélèrent la croissances des poulets permet ainsi l’appropriation des tous les poulets à croissance naturellement rapide ! On attendait que les pays membres de la COP décident que ces informations génétiques soient contrôlées afin de pouvoir interdire ces brevets sur les « gènes natifs ».

En multipliant les modifications génétiques artificielles incontrôlables, les nouvelles techniques « d’édition du génome » génèrent encore plus de risques pour la biodiversité, la santé et l’environnement que les OGM transgéniques, tout en violant des principes même de la CBD. On attendait que ces nouveaux OGM soient réglementés de la même manière, comme l’a récemment décidé la juridiction suprême de l’Union européenne.

La Convention s’est contentée de renvoyer ces deux question à de nouveaux comités d’experts. En attendant, l’industrie peut continuer à disséminer ses nouveaux OGM brevetés, y compris dans les pays qui les refusent mais n’en seront pas informés en l’absence d’une réglementation internationale contraignante.

Les délégués du Comité International de Planification pour le Souveraineté alimentaire (CIP) et de La Via Campesina qui se sont rendus à Sharm El Sheikh dénoncent fortement l’arrogance d’une poignée de pays riches qui bloquent toute décision raisonnable. Ils dénoncent aussi les manœuvres de l’industrie qui a corrompu quelques représentants de pays en développement pour créer l’illusion d’un soutien important à ses nouvelles chimères brevetées.

Jusqu’à l’obtention de décisions internationales plus fermes, c’est pays par pays qu’il faut désormais s’opposer à tous les OGM brevetés, quels qu’ils soient. Les millions de paysans de La Via Campesina et des autres organisations du CIP,  s’y emploieront avec leurs nombreux alliés de la société civile.

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